Neuf ans après son premier long-métrage “Les Combattants” et un passage par la télévision avec la mini-série “Ad Vitam”, Thomas Cailley revient sur grand écran avec “Le Règne Animal”. Ce film fantastique, tant pour désigner son genre que sa qualité, porté par Romain Duris et Paul Kircher, est une proposition de cinéma à l’étrange poésie qui séduit autant qu’elle déroute. Beau, marquant mais aussi inégal et qui souffre de longueurs. Vous laisserez-vous approcher ? Au cinéma le 4 octobre.

Dans un monde en proie à une vague de mutations qui transforment peu à peu certains humains en animaux, François fait tout pour sauver sa femme, touchée par ce phénomène mystérieux. Alors que la région se peuple de créatures d’un nouveau genre, il embarque Émile, leur fils de 16 ans, dans une quête qui bouleversera à jamais leur existence.
« Le Règne Animal » s’ajoute à la liste des films français d’un genre nouveau, qui osent, inventent, renouvellent et offrent un spectacle pur et original. Thomas Cailley (ici, réalisateur et scénariste), Just Philippot et son « Acide » sorti cette rentrée, Léa Mysius (« Les Cinq Diables« ), Julia Ducournau, bien sûr, palmée pour « Titane », Romain Quirot (« Apaches« ), ou encore Stéphan Castang avec « Vincent Doit Mourir » qu’on a découvert lors du dernier Champs-Élysées Film Festival et qui arrive en salles le 15 novembre. Bref, la liste est longue et on s’en réjouit. Le cinéma français est sauf avec cette « Nouvelle Nouvelle Vague » de cinéastes engagés, avides d’apporter de la fraîcheur et de la singularité. Voilà qui nous permet de partager notre amour et notre bonheur pour cette nouvelle génération. Et « Le Règne Animal » alors ?

Un règne qui s’annonce plutôt bien et qui ne laissera pas indifférent. Thomas Cailley est habité par son récit, qu’il co-écrit avec Pauline Munier, à qui l’on doit l’origine du scénario. Il nous dépeint un drame familial au travers d’une relation père-fils (formidables Romain Duris et Paul Kircher) ancrée dans un monde imagé où la mutation des humains en animaux est devenue la norme. Véritable film hybride, à la croisée des genres, qui se sert du fantastique pour nous conter des histoires universelles et concrètes : comment apprendre à vivre ensemble, la place des marginaux dans la société (qui n’est pas sans nous rappeler le « Bones And All » de Luca Guadagnino qui faisait de ses protagonistes des cannibales romantiques) mais aussi l’évolution de la nature et notre rapport avec ce monde qui mute.
Toujours à hauteur des personnages, la caméra du cinéaste vibre pour ses acteurs avec des plans constamment en mouvement qui nous offrent une expérience immersive et sensorielle. Paul Kircher est magnétique et dégage cette force à la fois tranquille et indomptable ! Nous l’avions découvert dans « Le Lycéen » de Christophe Honoré (à ne pas confondre avec son frère Samuel qui joue actuellement dans « L’Été Dernier » de Catherine Breillat) et il est sensationnel dans l’incarnation de cet adolescent qui va vivre une expérience des plus troublantes. Il donne de sa personne dans ce rôle-titre très physique et complexe face à son père à l’écran, Romain Duris, qui ne sera jamais aussi bon que dans le dernier acte. On regrette toutefois l’écriture et l’utilisation du rôle d’Adèle Exarcopoulos qui n’apporte, malheureusement, rien à l’intrigue. Des émotions garanties au coeur de cette faune et de cette flore françaises sublimées à l’écran par le frère du réalisateur, David Cailley.

Visuellement, « Le Règne Animal » est un véritable petit oasis relaxant. Cette forêt étincelante, de jour comme de nuit, est aussi belle à voir qu’elle est à écouter (gros travail effectué sur le son notamment). Tantôt hostile, tantôt familière, le chef opérateur fait un travail remarquable pour nous dépeindre ces paysages tournés dans les Landes de Gascogne. Un savamment mélange d’étrangeté et de poésie qui donnent à cette nature une place primordiale dans la narration. Il faut, par ailleurs, souligner la qualité des effets visuels pratiques et numériques pour donner vie avec justesse aux belles créatures qui peuplent ce monde nouveau.
On peut trouver le temps long mais « Le Règne Animal » n’en reste pas moins une œuvre singulière qui risque bien de laisser son empreinte dans le paysage cinématographique français. Dans les salles le 4 octobre.
