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Entretien avec l’actrice Alice Isaaz

Nous avons rencontré Alice Isaaz à l’occasion de la 34ème édition du Festival du Film Britannique de Dinard où l’actrice française était membre du jury. Elle est en ce moment la tête d’affiche de la série « 66-5 », une création originale de Canal+ et on l’a vu au cinéma, en début d’année, dans le rôle-titre du film « Apaches » de Romain Quirot ou encore devant la caméra de Paul Verhoeven. Rencontre avec une femme talentueuse.

Mélanie (The Spectators) : Félicitations pour votre présence dans ce beau jury du Festival du Film Britannique. Comment abordez-vous ce nouveau rôle ?

Alice Isaaz : Je me suis déjà prêtée à l’exercice de nombreuses fois, j’ai fait Cabourg, Deauville, Saint-Jean-de-Luz, Arras. Donc ce n’est pas la première fois mais c’est un exercice que j’adore qui n’est pas facile. Je trouve ça toujours un peu compliqué de départager des films qui sont tellement différents, même si de base ils répondent tous à un thème, ici le cinéma britannique. C’est tellement vaste comme registre, on voit de tout. Ce que j’aime particulièrement dans ce type de festivals, c’est l’opportunité de voir des films qu’on ne pourrait pas voir le reste du temps. Pour la plupart, ils ne sont pas distribués en France. C’est un privilège en tant que membre du jury de pouvoir les voir en salles et en avant-première.

M. : Et dans cette belle ville qu’est Dinard qui ajoute un charme certain à l’expérience.

A. I. : Je suis d’accord.

M. : Avec près de 20 films à votre actifs, hors courts et séries TV, qu’est-ce que vous regardez en premier dans un film ou dans un scénario, en tant que juré et en tant qu’actrice ?

A. I. : En tant que juré, ce que j’attends déjà de manière essentielle c’est d’être touchée. Tout simplement en fait, d’être émue. C’est pour ça que je vais au cinéma en tant que spectatrice, c’est aussi ce que j’ai envie de donner aux spectateurs en tant que comédienne. Donc un film qui ne va pas me toucher, même s’il répond à plein de critères techniques, quand il s’agit de les « juger » et je n’aime pas ce terme-là juger, ça va moins m’intéresser. J’ai besoin de croire en l’histoire, j’ai besoin d’être emportée par le propos, par la manière dont c’est filmé et interprété. À part ça, il est vrai que si je peux découvrir quand je fais partie d’un jury des nouveaux talents, de jeunes metteurs en scène, un cinéma que je ne connaissais pas avec une vraie identité, un vrai univers, quelque chose de nouveau, j’attends de ça aussi dans un festival. C’est de découvrir de nouveaux artistes.

M. : Et de pouvoir faire de nouvelles rencontres aussi !

A. I. : Ah oui, alors pour tout ce qui est entoure, c’est faire des rencontres avec les autres membres du jury, les équipes de films. C’est très riche un festival, à tout point de vue.

M. : Nous vous avions découvert dans « La Crème de la Crème » réalisé par Kim Chapiron, sorti en 2014, après il y a eu le choc « Elle » de Paul Verhoeven. Vous aviez un petit rôle à l’écran mais une vraie présence avec ce personnage fort notamment face à de grands acteurs comme Isabelle Huppert. Est-ce que vous diriez que ce film était un tournant dans votre carrière ?

A. I. : Déjà de tourner avec Paul Verhoeven, quand on tourne avec un réalisateur comme ça, même si c’était un peu différent parce que c’était un film 100% français mais ça reste Paul Verhoeven, ça met un peu un tampon sur ton CV. Il y a quand même quelque chose qui se passe, une sorte de crédibilité peut-être. Quand on passe le stade du côté international, je pense que ça ouvre un petit peu des portes. En plus de ça, le film a été à Cannes, en compétition officielle, il a été aux Oscars, Isabelle Huppert a gagné le Golden Globe de la Meilleure Actrice, on a été largement récompensé aux Césars aussi…

M. : Il y a eu une reconnaissance folle.

A. I. : Oui, c’est ça. Tant au niveau de la presse que du public et de l’international, c’est certain que ça vient changer les choses. Je ne peux pas dire mieux que c’est un marqueur temporel dans ma carrière.

M. : Et vous en gardez une bonne expérience ?

A. I. : Excellente ! C’était incroyable d’être dirigée par Paul Verhoeven. Il y avait un super beau casting, pouvoir donner la réplique à Isabelle Huppert qui est une actrice que j’admire énormément, une femme que j’aime beaucoup. C’était mon premier Festival de Cannes, plein de beaux souvenirs.

M. : En 2023, vous avez le rôle-titre du film « Apaches » de Romain Quirot qui a une esthétique propre, c’est une oeuvre très rafraichissante dans le paysage cinématographique français. Vous interprétez encore un personnage de femme forte, avec du caractère. Est-ce que vous jouez des femmes qui vous ressemble ? Est-ce que vous aimez aller vers ce type de personnages ?

A. I. : Je vais plutôt avoir tendance à vouloir interpréter des personnages qui sont loin de moi, pour plus de challenge, pour l’exercice que ça demande et l’excitation que ça apporte. Inévitablement, inconsciemment, on est touché et on se sent peut-être plus d’attaque à interpréter des personnages qui nous ressemblent quelque part. J’ai eu beaucoup de rôles avec des femmes de caractères et c’est génial mais aussi d’autres plus discrets comme Mademoiselle de Joncquières, c’est un personnage qui est quasiment mutique, très en retrait. J’ai eu à interpréter des personnages moins brut de décoffrage comme Billy dans « Apaches » ou Josie dans « Elle ». Ça vient puiser dans la nature profonde et il y a quelque chose que je ne maîtrise pas, sauf mes choix bien sûr, mais ça doit être instinctif aussi.

M. : Pour rebondir sur le rôle d’avocate que vous interprétez dans votre toute nouvelle série « 66-5 », disponible maintenant sur Canal+…

A. I. : Qui est encore un rôle de femme avec du caractère ! (rires)

M. : Est-ce un rôle plus complexe pour vous à interpréter ? On imagine tout un travail de recherche en amont sur ce milieu du droit et de la justice. Et le format sériel, est-ce qu’il vous plait plus que le cinéma ?

A. I. : Je ne dirais pas que ça me plait le plus, ça a été encore une nouvelle flèche à mon arc. Une série c’est long, c’est intense. Un tournage de série c’est de l’ordre de l’endurance, excitant, enrichissant et fatigant.

M. : Vous êtes avec un personnage plus longtemps…

A. I. : Ça, c’est génial ! Mais en termes de tournage, on ne peut jamais lâcher, et j’en ai pas envie, mais au bout de 5 mois sur le plateau où je suis quasiment de tous les plans, c’est hyper intense. Cela dit, j’ai adoré l’expérience et je la recommencerais sans hésiter. Pour le personnage de Roxanne, c’est vrai qu’il y a l’aspect personnel avec tous ces transfuges de classe est quelque chose que j’ai du travailler. Elle passe du milieu bourgeois parisien au milieu populaire. Et bien évidemment, sur l’aspect professionnel, j’ai du apprendre beaucoup de choses sur le milieu juridique, les plaidoiries par exemple, chercher à comprendre mon texte, il y en a beaucoup. C’est très bavard. Donc pour être convaincante, il faut savoir ce qu’on raconte peu importe le sujet. C’était technique mais j’ai adoré ça encore une fois. C’est un milieu fascinant.

M. : Félicitations pour ce rôle, vous êtes remarquable, surtout qu’en ce moment, les fictions sur le système judiciaire on un peu la côte, avec la palme d’or « Anatomie d’une Chute » ou plus récemment « Le Procès Goldman ». Merci beaucoup pour votre temps et passez un bon festival !

A. I. : Merci, vous aussi !

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