Près de trois ans après « Grand Paris« , Martin Jauvat revient avec une comédie douce-amère sur un « coming of age » français. Direction donc Chelles, en Seine-et-Marne, pour plonger dans cet univers comique à l’esthétique soignée et pop.
« Baise-en-ville » de Martin Jauvat : on vous sert un Sprite avec des bulles pop
Martin Jauvat réussit le pari casse-gueule du deuxième film. Après la belle surprise « Grand Paris« , nous voici avec « Baise-en-ville » de retour en Seine-et-Marne pour une aventure farfelue et loufoque, métaphysique et profonde, simple et décalée. Tout commence avec une bonde de baignoire. Enfin, son absence. La mère de Corentin, plus connu sous le nom de Sprite, l’a confisqué, forçant à son petit de 25 ans, revenu à la maison après une rupture amoureuse, sans travail et sans permis, à se sortir les doigts. Corentin doit donc sortir de sa langueur pour lutter contre le paradoxe « pas de permis/pas de travail ou pas de travail/pas de permis ». Et nous voilà donc à suivre les péripéties banlieusardes Made in Chelles de Corentin avec son beau-frère Walid, Rico, son nouveau patron de start-up et Marie-Charlotte, sa monitrice d’auto-école brute de décoffrage qui insulte plus vite que son ombre.

Dans une atmosphère pop et colorée, avec une photographie qui rend presque hommage au roman-photo, Martin Jauvat déploie sa fantaisie et son spleen avec une tendresse émouvante. On se laisse porter entre crise de fous rires et écrasage de larmichettes. « Baise-en-ville » (on vous laisse découvrir l’origine de ce titre surprenant) est une réussite qui confirme le talent surprenant de son auteur, réalisateur et acteur. Ce n’est pas étonnant d’avoir eu ce film au dernier festival de Cannes ; il était présenté à la 64e édition de la Semaine de la critique. Martin Jauvat a tout d’un futur grand qui risque d’avoir un petit culte. Et je peux carrément le lancer s’il le faut.
« Baise-en-ville » : Emmanuelle Bercot rejoint la troupe Jauvat
Comme il est dit dans le film, un duo fait toute la différence comme Garou et Céline, Passy et Calogero ou Renaud et Axelle Red. Et ici, Martin Jauvat s’associe à Emmanuelle Bercot pour former un duo surprenant, vent de fraîcheur d’une comédie « coming of age » tourbillonnante qui décoiffe (et qui fait revenir des acteurs du premier film de Jauvat, William Lebghil et Sébastien Chassagne). En 1h30, notre héros Corentin, avec l’aide de personnages tout aussi ébourriffés que lui, va enfin mettre des mots sur ses sentiments, ses douleurs et ses envies. On ne peut qu’apprécier l’oeil attendri posé sur une génération un peu perdue, qui repousse le moment où il faut grandir, alors que la vie n’attend qu’eux.

Si vous avez l’occasion de prendre une place pour cette comédie loufoque et décomplexée, très bien dialoguée et émouvante à souhait, il ne faut pas hésiter. Rentrer dans l’univers de Jauvat, c’est l’adopte.
