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Primate de Johannes Roberts – Les singes seront-ils les nouveaux requins ?

Quatre ans après l’échec de « Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City », Johannes Roberts revient avec un nouveau film d’horreur. Inspiré des films de créatures, tels que « Les Dents de la mer », remixés avec un goût prononcé pour le cinéma gore, « Primate » réussira-t-il son pari : remettre en avant les effets spéciaux à l’ancienne pour nous horrifier ?

Synopsis :« Primate », c’est l’histoire de Lucy, qui rentre de voyage avec ses amis dans sa maison familiale, loin de tout, au milieu d’une île tropicale. Durant toute son enfance et son adolescence, sa mère, décédée depuis, a consacré une partie de sa vie à l’éducation d’un chimpanzé, Ben, afin de lui inculquer une manière de s’exprimer avec les humains. Lucy considère Ben presque comme son petit frère, et le primate vit en partie dans la maison familiale. Mais le jour de son retour, Ben est mordu par un autre animal : il contracte la rage et devient incontrôlable. C’est là que l’horreur commence.

Johannes Roberts, un amoureux des films de monstres

Ce n’est pas la première fois que l’on croise le chemin de Johannes Roberts dans le cinéma d’horreur. Connu pour son film de requins « 47 Meters Down », après un détour un peu perdu dans les limbes d’un énième reboot de « Resident Evil », Roberts nous propose un nouveau film inspiré par le thème des animaux devenant fous : « Primate ». A travers son nouveau film et ses effets spéciaux « à l’ancienne » le réalisateur veux nous montrer son amour du cinéma de genre tel que son premier amour qu’est le film « Cujo » de Lewis Teague. Alors le singe sera -t-il notre nouveau loup ou nouveau requins du cinéma de genre?

Copyright Paramount

Une mise en scène qui a du langage

La mise en scène de « Primate » est très réussie, notamment dans ses choix de plans et de décors. Certaines images sont marquantes, comme la scène de la télévision ou celles dans la piscine. La réussite du film tient beaucoup à son format de huis clos, dans une superbe maison au bord de la mer. Le choix de tons bleutés donne d’ailleurs un aspect très élégant à l’image.

L’autre point fort de « Primate » réside dans ses effets spéciaux. Même si le chimpanzé a parfois du mal à me faire peur, je ne peux pas nier la réussite du costume. Il offre justement une impression de réalisme que je n’avais pas ressentie depuis longtemps. Cela tient autant à l’acteur derrière le singe qu’à un costume soigné, pensé pour rester crédible.

Copyright Paramount / la travail de cadrage et le Jeu de Jhonny Sequoyah sauvant le film

Le travail du gore est aussi particulièrement intéressant. Le fait de rejouer avec du maquillage donne une vraie singularité et un certain réalisme aux effets. Le montage ainsi que la bande son gère plutôt bien la tension : il y a de bonnes respirations entre les moments de frayeur et les temps calmes. Enfin, le jeu de l’actrice incarnant Lucy (Johnny Sequoyah) est superbe : entre effroi et tension corporelle, elle tient son rôle à merveille, sa relation avec le personnage du père (Troy Kotsur) et de la sœur (Gia Hunter) est crédible et tient grâce au bon travail des acteurs.

Copyright Paramount / La relation de la famille crédible grâce aux acteurs

De l’horreur trop marketing ?

« Primate » est un film qui, pour le coup, a beaucoup misé sur sa communication. On se souvient encore des campagnes autour de « Paranormal Activity » , ici aussi, on y a eu droit. Mais le film fait-il réellement aussi peur qu’on a voulu nous le faire croire ?

Malheureusement, non, et c’est là tout le problème de « Primate ».

Je me suis d’abord beaucoup interrogée sur le public visé. Le singe ne faisant pas si peur, par moments, cela me sortait de l’angoisse que le film cherchait à installer. C’est d’autant plus dommage que le chimpanzé est un costume, et non de la 3D recrachée encore et encore ces dernières années dans les films d’horreur. Le costume est pourtant très travaillé, et j’aurais vraiment voulu davantage y croire.

L’autre problème du film, ce sont ses personnages. Malgré une bonne écriture de Lucy, portée brillamment par Johnny Sequoyah, le reste du casting et l’histoire peinent à fonctionner. Commençons par les amis de l’adolescente : autant Kate (Victoria Wyant) fonctionne bien face à Lucy, autant Nick (Benjamin Cheng) et Hannah (Jessica Alexander) ne collent pas du tout avec le personnage principal.

Nick est un fumeur de joints insipide, sans grande vision d’ensemble, dont Lucy est éperdument amoureuse. Hannah, elle, incarne une représentation stéréotypée de la bimbo insupportable qui ne pense qu’à flirter. D’ailleurs, c’est l’un des personnages qui m’a le plus sorti du film, à cause de ses propos et de ses réactions. Oui, je parle bien des propos : qui, mais vraiment qui, pense que lorsqu’on a un animal de compagnie chez soi, on doit garder une arme à côté « au cas où il deviendrait fou » ? Cette phrase m’a tellement gêné que je me suis demandé ce que le réalisateur voulait vraiment faire passer dans les propos du personnage.

Copyright Paramount / Hannah, le personnage stéréotypé et dérangeant du film

Sans parler non plus des deux garçons croisés à l’aéroport et invités par les filles parce qu’ils sont en « manque de cul ». Tous les personnages que je viens de citer ressemblent à des stéréotypes tout droit sortis d’un bon vieil « American Pie » des années 2000. D’où ma question : à qui s’adresse le film ? Parce qu’en tant qu’adulte, ce genre de comportement chez les personnages nous afflige plus qu’il ne nous inspire, et personnellement, tout cela a un goût de prémâché franchement déplaisant.

Tous ces détails, qui auraient pu être évités, font que le film a du mal à atteindre sa cible : nous faire peur et nous emporter dans les intentions du réalisateur.

À trop vouloir plaire, on se perd

« Primate » aurait pu être le film d’horreur de l’année. Malheureusement, à force de trop vouloir séduire un public adolescent, il en oublie le reste. Pourtant, d’un point de vue esthétique, la mise en scène est au rendez-vous. Mais des personnages trop stéréotypés et une histoire vue et revue font perdre au film une bonne partie de son intérêt premier : nous faire peur et nous faire aimer son histoire et ses personnages.

Primate sera au cinéma à partir du 21 Janvier. Film réalisé par Johannes Roberts avec Jhonny Sequoyah, Jessica Alexander, Troy Kotsur, Victoria Wyant, Benjamin Cheng, Gia Hunter, Miguel Torres Umba, Tienne Simon, Charlie Mann et Amina Abdi.

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