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« Alpha » de Julia Ducournau : un film qui laisse de marbre

Nous attentions avec impatience le retour de la réalisatrice et scénariste française palmerisée pour Titane en 2021, Julia Ducournau. Son troisième film Alpha nous plonge au cœur d’un monde en proie à une épidémie qui transforme peu à peu la population en marbre. Malheureusement, son œuvre reflète parfaitement le matériau de l’horreur : beau mais glacial. Le duo Tahar Rahim et Golshifteh Farahani transcende cependant le film.

Synopsis : Alpha, 13 ans, est une adolescente agitée qui vit seule avec sa mère. Leur monde s’écroule quand, un jour, elle rentre de l’école avec un tatouage sur le bras.

Copyright Diaphana

Nous avions absolument adoré Grave son premier long-métrage sorti en 2016 qui mettait au goût du jour le cinéma de genre en France, qui plus est réalisé par une femme. Elle est de loin aujourd’hui l’une des réalisatrices les plus confirmées et connues dans l’horreur et le fantastique français aux côtés de Coralie Fargeat qui se révélait en parallèle avec Revenge en 2017. Deux cinéastes affirmées qui déploient une esthétique colorée, pop et bien à elle. Titane était dans la même lignée que son aînée, Ducournau avait frappé fort en mettant en scène une œuvre choc qui ne manquait pas de diviser. Sa Palme d’Or fut la meilleure chose qui puisse arriver au cinéma de genre pour certains, un véritable scandale pour d’autres. Sa filmographie clivante cependant a le mérite de marquer les esprits avec son don certain pour nous offrir de très belles images.

Ici, Alpha demeure dans la même lignée avec son esthétisme propre et notamment l’un de ses thèmes de prédilection. le corps humain et sa transformation. À l’instar de sa paire Coralie Fargeat dans The Substance sorti récemment, Julia Ducournau s’amuse à filmer les corps maltraités, violentés, éclatés et brisés. La caméra, toujours au plus proche de la peau et de ce qui pourrit, nous introduit cette famille dysfonctionnelle mais attachante. La lumière, élément vital des films de la cinéaste, alterne entre passé et présent pour nous conter l’éruption de cette épidémie. Le présent est d’un bleu glacial et froid qui fait presque briller les corps marbrés. À l’image de notre monde durant le Covid, la population du film est scindée entre contaminés ostracisés et les autres.

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Malgré la performance ahurissante de Tahar Rahim en toxicomane méconnaissable physiquement, Alpha ne parvient jamais réellement à nous prendre aux tripes. On apprécie que la réalisatrice prenne des risques et s’éloigne de son confort en nous offrant un drame familial teinté de fantastique. Mais certains de ses choix font défaut. Par exemple, admirait Ducournau pour ses choix musicaux mais dans ce cas présent, la bande-son est tapageuse, omniprésente et crée une dissonance évidemment voulue mais qui agace. Le personnage principal interprété par Mélissa Boris énerve tout autant et n’a pas la puissance émotionnelle d’une Garance Marillier ou d’une Agathe Rousselle, hélas. Si la qualité formelle reste lisse et intacte, le fond s’éparpille et se fend.

« Alpha » de Julia Ducournau : à découvrir en DVD, Blu-Ray & VOD

Julia Ducournau s’est peut-être égarée mais nous continuerons de soutenir ce genre de cinéma car nous avons besoin d’artistes comme elle pour nous offrir des œuvres mystérieuses, oniriques, terrifiantes qui en disent long sur l’état de notre monde. Alpha c’est disponible en DVD, Blu-Ray & VOD. Et vive le support physique !

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