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« Paradise » sur Disney+ : l’enfer, c’est les autres (et les scénaristes)

C’est la série qui veut faire parler d’elle en cette nouvelle année : « Paradise » est sur Disney+ et The Spectators vous dit tout dessus.

Complotisme, « deep state », meurtres, secrets, mensonges d’Etat et paradis sous terre… La nouvelle série de Dan Fogelman est un amalgame algorithmique qui noie son talent (et celui de ses acteurs) et qui donnerait presque envie de pleurer de rire tellement c’est concon.

« Paradise » sur Disney+ : Dan Fogelman se perd dans l’enfer des séries algorithmées

Dan Fogelman, maître incontesté des comédies dramatiques élégantes et touchantes (« This Is Us », « Crazy, Stupid, Love« ), débarque sur Disney+ avec « Paradise« , une série qui semble calibrée pour l’époque… et tous ses pires travers. Ce techno-thriller au concept ambitieux avait tout pour marquer les esprits, avec des thématiques brûlantes sur la résilience, la survie et le pouvoir (qui se fait acheter par les grosses entreprises de la tech). Pourtant, à force de vouloir trop en faire et de répondre aux diktats des plateformes, « Paradise » s’embourbe dans une écriture mécanique, des twists sur-signifiants et un dialogue qui semble écrit pour des enfants de 5 ans.

Cette saison 1 de « Paradise » aurait pu être une réflexion fascinante sur l’instinct de survie et les sacrifices nécessaires pour conserver le pouvoir. La série évoque un futur à peine dystopique où une poignée d’élites du monde de la tech façonne la destinée politique des États-Unis – un postulat qui, dans un monde où Elon Musk et Donald Trump dictent une partie du débat public, aurait pu avoir une résonance glaçante. Mais au lieu de nous plonger dans un thriller intelligent et nuancé, « Paradise » choisit la voie de la sur-explication et des rebondissements forcés.

Chaque révélation est martelée comme si le spectateur était incapable de suivre. Chaque émotion est prémâchée, chaque dilemme est surligné en gras, et le récit avance avec la subtilité d’un bulldozer. « Paradise » ne fait pas confiance à son audience et finit par ressembler à ces « high concept » où la forme l’emporte sur la substance.

« Paradise » saison 1 : série ‘high concept » avec un enchaînement de twists vides d’émotion

Dan Fogelman sait raconter des histoires qui prennent aux tripes, on le sait. Il nous a fait pleurer de rires et de douleurs tout au long de sa carrière. Ici, il semble piégé par les exigences de Disney+ (ou des plateformes en général) et de la surprise à tout prix. Résultat : des twists omniprésents, souvent prévisibles (si vous ne les voyez pas arriver, c’est que vous ne prêtez pas attention à ce que vous regardez), mais suffisamment bien rythmés pour donner envie de voir l’épisode suivant. C’est addictif, oui, mais pas pour les bonnes raisons.

Le problème, c’est que ces rebondissements ne sont jamais réellement impactants. Contrairement à un « This Is Us« , où chaque révélation résonnait émotionnellement et enrichissait les personnages, ici, tout semble artificiel, mécanique. On ne ressent rien. « Paradise » manipule son spectateur, mais ne l’émeut jamais. Tout arrive pour faire avancer l’histoire… au détriment des personnages et de l’histoire elle-même.

Malgré un casting alléchant, la série peine à donner de la profondeur à ses personnages. Julianne Nicholson, immense actrice (vue récemment dans « Mare of Easttown » avec Kate Winslet), hérite d’un rôle de techsister glaçante, mais son interprétation, mal dirigée, oscille entre caricature et fadeur. On aurait pu espérer un antagoniste fascinant, ambigu, mais « Paradise » ne prend jamais le temps d’explorer la complexité de son personnage. Ne parlons pas de James Marsden, sous-exploité. Revoyez « Jury Duty » où il est hilarant et magique.

James Marsden dans « Paradise » ©Disney+

Le reste du casting fait ce qu’il peut avec des dialogues simplistes et des arcs narratifs téléphonés. Déso Sterling K. Brown, fidèle d’entre les fidèles. Il y a bien quelques moments de grâce, quelques scènes où l’on sent poindre ce qui aurait pu être une série plus intelligente et nuancée. Mais ces instants sont noyés sous la lourdeur du récit.

« Paradise » sur Disney+ : un produit de consommation plus qu’une série

Au final, « Paradise » est le reflet parfait des dérives des séries actuelles sur les plateformes. Conçue pour être engloutie en une nuit (bon là, on a de la chance, on a un épisode à la semaine), elle laisse une impression de trop-plein sans réelle satisfaction. On la regarde presque malgré nous, pris au piège par son rythme et ses cliffhangers, mais sans jamais y prendre du plaisir. Oui, j’aurais pu arrêter mais non, je ne l’ai pas fait, car j’ai foi en Fogelman, j’aime ces acteurs et la saison est courte… Je me suis fait peut-être du mal pour rien en la suivant… Voir faillir ses idoles est toujours délicat, surtout après le run magique de « The Neighbors« , « Galavant« , « Pitch » et « This is us » (pour ne citer que les séries)…

Dan Fogelman a prouvé qu’il savait écrire des histoires humaines, vibrantes, marquantes. Ici, il se retrouve pris dans une mécanique infernale qui transforme les séries en simples « contenus ». Et c’est peut-être ça, le plus frustrant. « Paradise » aurait pu être une bonne série, à défaut d’une grande mais non, elle n’est au final qu’un produit de plus dans la machine à binge-watcher.

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Par stephaneserieseater

Sériephile et cinéphile. Fier d'être avec Mélanie les parents de The Spectators où on retrouve notre amour des blogs et du partage en tout simplicité de nos humbles avis. J'adore écrire et passer du temps à remplir les colonnes du site. Pour mon plaisir et pour le vôtre.

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