Anora est le nouveau tour de force du scénariste, réalisateur, monteur et producteur Sean Baker. Le surdoué originaire du New-Jersey y tourne non loin de là son neuvième film qui lui vaudra la prestigieuse Palme d’Or. Anora, héroïne atypique qui croque la vie à pleines dents, représente un cri du coeur pour une profession bien trop souvent effacée et décriée. Mikey Madison en est ici son étendard et incarne avec un talent hors du commun cette jeune travailleuse du sexe qui va connaître brièvement le rêve américain. L’auteur de Tangerine et The Florida Project s’inscrit film après film comme une référence du cinéma indépendant d’Outre-Atlantique. Au cinéma le 30 octobre.

Synopsis : Anora, jeune strip-teaseuse de Brooklyn, se transforme en Cendrillon des temps modernes lorsqu’elle rencontre le fils d’un oligarque russe. Sans réfléchir, elle épouse avec enthousiasme son prince charmant ; mais lorsque la nouvelle parvient en Russie, le conte de fées est vite menacé : les parents du jeune homme partent pour New York avec la ferme intention de faire annuler le mariage…
Nous l’avions découverte féroce dans le Once Upon A Time In Hollywood de Quentin Tarantino ainsi que dans le revival de Scream en 2022, Mikey Madison n’a rien perdu de sa fougue. Le rôle d’une vie, comme on l’entend souvent, serait-ce bien vrai tant l’actrice épate, impressionne avec son interprétation. Elle crée avec Sean Baker un duo en or dans lequel on sent une totale confiance et un grand respect. Il n’y a qu’à voir leurs apparitions publiques pour la promotion du film, du Festival de Cannes aux avant-premières officielles en passant par le Festival du Cinéma Américain de Deauville, où nous avons eu le plaisir de le découvrir. On ne serait pas mécontents de les revoir bosser ensemble à l’avenir.

Sean Baker offre une vision critique de l’Amérique, de son idéalisation aux risques d’une probable forte désillusion. Au travers de sa protagoniste Anora, jeune strip-teaseuse de Brooklyn qui va se transformer en Cendrillon des temps modernes, le cinéaste signe un conte de fées sans conformisme avec un langage propre et une caméra qu’il ne garde certainement pas dans sa poche. C’est cru et généreux, il s’amuse, s’en donne à coeur joie, constamment à la frontière de la surenchère, du too-much. À la fois drôle, fun et avec un humour acéré, Anora ne manque pas de coeur, empreint d’une grande sensibilité à l’image de son personnage-titre.
Sans temps morts, on suit avec un enthousiasme certain les péripéties de cette troupe improbable qui se forme au fur et à mesure de l’histoire. Baker nous surprend et nous emmène dans des endroits qu’on n’imaginerait pas. Avec son montage effréné, sa bande son « pop-ée » et ses comédiens déchaînés, Anora est un condensé d’amour, de rire, de drame et de sexe débridé dont toute la frénésie reflète bien la filmographie de son réalisateur. À voir absolument en salles le 30 octobre prochain.
