Netflix a lancé sa tradition : pour la fin de l’année, la plateforme sort un gros film pré/pendant/post-apo, avec un beau casting et des angoisses pour l’année à venir. Après « Don’t look up » (2021) et « White Noise » (2022), voici donc le film apocalyptique de Noël de 2023 : « Leave The World Behind » ou « Le monde après nous« . Autant vous dire que ça casse l’esprit de Noël.
« Leave The World Behind » sur Netflix : on n’a que ce qu’on mérite
Le scénariste et réalisateur Sam Esmail continue de vouloir foutre le monde face à ses contradictions, ses angoisses et ses craintes. Il y a forcément pour l’homme derrière la série « Mr Robot » une ambition cathartique de faire éclater le monde tel qu’on le connaît dans ses oeuvres. Ou alors, il aime vraiment nous torturer avec ce « et si ? » destructeur. Ici, il adapte donc un roman best-seller de Rumaan Alam (qu’il aurait pu écrire soyons honnête) pour nous interroger sur notre rapport au monde, aux nouvelles technologies, à nos aveuglements politico-sociétaux. Avec ce deuxième film (après « Comet », belle romance philosophique), il dézingue à tout va tout au long d’un pamphlet de 2h15. Racisme, préjugés sociaux, critique de la bourgeoisie, rapport aux médias, déconnection au monde réel, rapport à la Nature, désinvolture de la conscience politique… Tout y passe ou presque. C’est un peu fourre-tout, un peu trop appuyé et facile, pas subtil pour un sou mais cela tient à peu près la route même si au final, « Le monde après nous » n’apporte rien de neuf au débat. Oui, le racisme systémique existe. Oui, le monde se préoccupe plus de son confort que de la Nature. Oui, le monde préfère s’occuper des siens plutôt que des autres. Oui, on préfère re(rerererere)garder « Friends » plutôt que d’affronter la dureté et la violence du monde. On le sait.
Il y a des petites longueurs dans « Leave The World Behind« , quelques répétitions, mais heureusement les acteurs nous sauvent d’un ennui poli. Mahershala Ali et Myha’la Herrold (vue dans la série « Industry« ) survolent la distribution et Julia Roberts et Ethan Hawke la complètent bien. Ils sont extrêmement bien servis par la réalisation de Sam Esmail, qui s’amuse comme jamais avec les angles de sa caméra. Il a toujours le sens du cadre et du plan, même si par moments, il donne l’impression de s’auto-parodier avec un montage tape à l’oeil. Malgré tout, il insuffle une sacrée tension et tient en haleine le spectateur. Le film fonctionne, il tient la route alors qu’il avait tout pour déraper et sombrer rapidement dans le ridicule et l’empilement de clichés.
« Le monde après nous » sur Netflix : et si c’était le début de la planète des cerfs ?
Parabole stressante et paranoïaque d’un monde stressé au bord de la rupture de nerfs, « Le monde après nous » risque bien de faire jaser dans les chaumières à Noël et de donner, après le toast au tarama et le chapon farci, du grain à moudre aux complotistes de la famille. Mais peut-être qu’un début de dialogues pourrait s’engager et que l’oeuvre de fiction puisse ne rester que ça, de la fiction. Ou alors, il faut espérer que les cerfs et les biches fassent la révolution et prennent le contrôle du monde après nous vu ce qu’on fait du monde avec nous dedans (autre sujet à aborder avant la bûche, la grosse blague qu’est la COP28 organisée à Dubaï). En tout cas, il est quasiment certain que « Le monde après nous », disponible sur Netflix depuis le 8 décembre, risque bien de cartonner sur la plateforme et va finir d’imposer Sam Esmail (mais qu’il revienne aux séries et à la création pure). Cela sera déjà ça de pris.
PS : est-ce que vous avez pensé à la série « Lost » lors de quelques scènes ? La plage ? Le son bizarre en forêt ? et quelques autres passages ? En plus d’avoir les gens qui râlent parce que… la fin !
