Neuf ans après “Abus De Faiblesse“ sorti en 2014, Catherine Breillat repasse derrière la caméra pour le remake du film danois “Dronningen” (Queen of Hearts) de May el-Thouky. L’histoire d’une brillante avocate qui entretient une relation avec son beau-fils de 17 ans portée par le duo Léa Drucker et Samuel Kircher. Au cinéma le 13 septembre.
Anne, avocate renommée, vit en harmonie avec son mari Pierre et leurs filles de 6 et 7 ans. Un jour, Théo, 17 ans, fils de Pierre d’un précédent mariage, emménage chez eux. Peu de temps après, il annonce à son père qu’il a une liaison avec Anne. Elle nie.
La scénariste et réalisatrice Catherine Breillat n’a rien perdu de sa force durant ces années loin des tournages. Sa mise en scène est précise et va de paire avec un scénario sans fioritures qu’elle retranscrit superbement à l’écran. Loin des clichés du film dramatique, à la photographie terne et triste, elle nous livre ici une œuvre solaire, lumineuse et très troublante sur un sujet délicat à traiter. Le désir, la passion et les sentiments amoureux entre une femme mûre et un adolescent perturbé, est-ce possible ? Le spectateur devient témoin presque complice face à ces personnages, incarnés avec fougue et prestance par Léa Drucker et Samuel Kircher (à ne pas confondre avec son grand frère, Paul, la révélation de “Le Lycéen” de Christophe Honoré, sorti l’année dernière). Ils ont du talent dans la famille, c’est certain. On peut dire que Drucker et Kircher se sont bien trouvés et leur duo à l’écran est mémorable. Leurs échanges sont naturels et concrets autant qu’ils sont dérangeants avec ce rapport de force qui s’installe entre eux et leur relation plus que problématique. De son côté, Olivier Rabourdin n’est pas en reste dans le rôle du mari et père abattu et tiraillé, d’une grande sensibilité.

Sans jugement pour ses personnages, qu’elle filme au plus près des visages et des corps avec une certaine douceur, Breillat s’approprie le récit et choisit de mettre en avant les émotions plutôt que la raison. Elle laisse le spectateur se faire juge de ce qu’il voie sur cette relation douteuse. L’histoire se contient de faire justice elle-même et expose plutôt que dénonce cette relation passionnée et conflictuelle. La protagoniste Anne, avocate qui travaille au service de la loi et pour la défense des mineurs, se révèle être intransigeante et manipulatrice face à ce jeune désemparé, sous influence. La fin du film n’en est que plus amère mais reste dans le ton du film : troublant. Grâce à la belle partition qui leur a été donnée et leur interprétation nuancée, les acteurs se révèlent et donnent de leur personne sous le regard aiguisé de la cinéaste. Léa Drucker est sensationnelle dans ce rôle hitchcockien, un peu femme fatale, au lourd passé, partagée (quoique) entre devoir et désir. Avec un sens du cadrage et de la composition de ses plans, « L’Été Dernier » a une image bien plus parlante que ses dialogues pas toujours réussis. De l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas, et vice-versa. La cinéaste s’amuse avec ce récit passionnel et destructeur sur fond de désir et de trahison.
Nous vous recommandons « L’Été Dernier » pour la réalisation inspirée de Catherine Breillat et pour le jeu (dangereux mais terriblement séduisant) de Léa Drucker et Samuel Kircher. Au cinéma le 13 septembre.
